Les lettres volées de Descartes refont surface

En 2009, l’une des 75 lettres manuscrites de Descartes volées au XIXe siècle par le voleur bibliophile notoire Guglielmo Libri a été retrouvée sur Internet. Un an plus tard, une autre lettre était aussi retournée à l’Institut de France.

Erik-Jan Bos, philosophe à l’Université d’Utrecht, au Pays-Bas, vient de confier au journal Nature comment, en 2009, il a retrouvé sur Internet une lettre manuscrite de Descartes volée au XIXe siècle. En train de peaufiner les références d’une édition critique de la correspondance de Descartes, qui paraitra en 2014 aux Pays-Bas, il tape un soir une fois de plus les mots clés « Descartes » et « Autograph letter » (lettre manuscrite) dans le moteur de recherche Google. Or s’il connaissait intimement les 30 premières références qui sont apparues, chose étonnante, la neuvième ne lui était pas connue : elle signalait la présence d’une lettre de Descartes dans les collections spéciales de l’Université de Haverford, en Pennsylvanie. E.-J. Bos contacta alors John Anderies, le conservateur de ces collections, qui lui décrivit la lettre et lui en fit parvenir une copie numérisée. Le philosophe put ainsi déterminer que le document en question faisait partie de la série de 75 lettres de Descartes dérobées au XIXe siècle par Guglielmo Libri.

 

Ce mathématicien italien refugié en France dans les années 1820 avait réussi, pour assouvir sa passion bibliophile et kleptomaniaque, à se faire nommer inspecteur des bibliothèques. Cela lui permit de dérober un fond considérable – plusieurs milliers de livres et documents –  jusqu’à ce que ses agissements soient découverts. Libri fuit alors en Angleterre, où il vendit ensuite sa collection à Lord Ashburnham. En 1888, après bien des efforts, Léopold Delisle, administrateur de la Bibliothèque nationale, réussit à racheter fort cher une partie de ce fond, mais on resta sans trace aucune d’une trentaine de lettres de Descartes…

Celle que E.-J. Bos a retrouvé et que l’Université de Haverford a décidé de restituer avait été vendue par Libri à un libraire anglais, puis était parvenue aux États-Unis en 1902. Comme tous les documents privés de Descartes, elle est fascinante en ceci qu’elle nous rend sensible la vie intellectuelle du penseur. De fait, Descartes y confie à son ami Mersenne qu’il vient de remanier à la dernière minute l’introduction de ses Méditations métaphysiques, grand ouvrage paru en 1641 dans lequel le penseur proposa pour la première fois sa philosophie fondée sur la dualité corps-esprit.

Après que cette lettre perdue a rejoint la France, on ne peut que se demander si d’autres pièces du « fonds Libri », devenu « fonds Ashburnham », devenu « fonds Beltram », devenu… ne sont pas quelque part à portée de main ? Or Jean Bonna, correspondant de l’Académie des Beaux-Arts, a acheté dans une vente aux enchères une lettre de Descartes encore plus importante, car, par l’intermédiaire de Mersenne, elle était adressée au philosophe anglais Hobbes (l’auteur du Leviathan), à qui Mersenne avait demandé des objections aux Méditations métaphysiques. J. Bonna aussi a généreusement décidé de faire don de sa lettre à l’Institut de France, à qui il l’a remise en juin 2011. Des dizaines de lettres de Descartes restent cependant introuvables.

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